Professeur Frédéric Adelbert Kinkani: « Je connais l’alphabet de la souffrance dans nos villages. Des années 80 qui m’ont vu naître dans Kenge, jusqu’à ce jour, rien n’a vraiment changé. C’est révoltant ! » (Entretien exclusif)
Interview

Professeur Frédéric Adelbert Kinkani: « Je connais l’alphabet de la souffrance dans nos villages. Des années 80 qui m’ont vu naître dans Kenge, jusqu’à ce jour, rien n’a vraiment changé. C’est révoltant ! » (Entretien exclusif)

Docteur en philosophie à 29 ans, Frédéric Adelbert Kinkani Mvunzi Kamosi est Professeur et membre de SPH (Université Bordeaux Montaigne). Il est Chef de Section Sciences de Base à l’Institut National du Bâtiment et Travaux Publics dans la Ville de Kinshasa. Ancien boursier de Mission-Aachen (Allemagne) et Directeur des publications des Annales de l’INBTP, il parle aujourd’hui de son engagement politique en République démocratique du Congo. Entretien exclusif avec Kinshasa Daily.

1. Kinshasa Daily (KD): Bonjour Professeur. Vous êtes candidat à la Députation nationale pour le territoire de Kenge. Pourtant, vous vivez dans la Ville de Kinshasa. Pourquoi ce choix?

> Professeur Frédéric Adelbert Kinkani (PFAKIN): Bonjour et merci de l’intérêt porté sur ma modeste personne. Je suis effectivement Candidat Député National dans la circonscription du Territoire de Kenge. Je porte le n°8, donc le meneur du jeu. Pour revenir à la question proprement dite, je dois vous dire d’abord que j’ai décidé de postuler à Kenge parce que mon cœur bat à Kenge, je suis de Kenge et Kenge vit en moi, quand bien même j’habite Kinshasa. Ensuite, lors de mes différentes descentes sur terrain, bien avant que l’idée de postuler ne me traverse la tête, j’ai constaté que la population de Kenge devenait de plus en plus orpheline. Sa voix et ses problèmes ne sont pas sérieusement portés au niveau national. Cette évidence s’est confirmée lorsque j’ai fait la comptabilité des interventions des élus de chez moi à l’Assemblée nationale. De 2006 à ce jour (12 ans), je n’ai pas noté trois prises de parole par les élus de Kenge pour faire entendre la voix de ce territoire si proche de Kinshasa, mais totalement délaissé. Plusieurs projets de développement communautaire de Kenge n’ont pas été exécutés à cause de la léthargie politique de ses propres fils. Le vide de représentation s’est donc fatalement signalé. Je souligne également que je suis un « villageois de naissance ». Je connais l’alphabet de la souffrance dans nos villages. Des années 80 qui m’ont vu naître dans Kenge, jusqu’à ce jour, rien n’a vraiment changé. C’est révoltant ! Cela est d’autant plus révoltant quand on a des représentants qui ont choisi le silence et la peur comme architecture de leur action politique. Dans un environnement politique bouillant, les frimeurs taiseux ne peuvent rien attraper pour leur communauté. Dans ma langue on dit : « Nkongu wuna ntwa heka masasi wa tutwadila m’mpikwa ma nzadi, ntu fweti isila dihika kitu ko» (entendez : Le chasseur à qui vous avez donné des cartouches pour vous ramener le gibier mais qui chaque soit vous ramène des bottes de feuilles de manioc, ne mérite plus confiance). Lorsqu’il y a improductivité, il faut revoir les calculs. C’est donc assez. Il faut que ça change !  Enfin, je dois vous avouer que plusieurs personnes avisées m’ont dit : « Professeur, tu es capable de représenter valablement Kenge. Vas-y, et tu peux compter sur notre soutien ». Chrétien pratiquant, j’ai présenté cette demande sociale à Dieu, il m’a aussi dit : Vas-y, tu as un grand ouvrage à exécuter (cfr Néhémie 6 :3 ; Ezéchiel 3,16). J’ai dit : Amen. Voilà pourquoi je suis candidat, Le coq de Kenge à l’Assemblée Nationale.

2. KD: Docteur en Philosophie, vous êtes Professeur dans quelques universités en RDC. Pourquoi avez-vous décidé de faire la politique de manière active?

> PFAKIN: Effectivement, comme vous le dites, je suis Docteur en Philosophie (à 29 ans, le premier à cet âge et en terre congolaise), et depuis 2011 Professeur dans plusieurs universités du pays, principalement à l’Université catholique du Congo, à l’Institut National du Bâtiment et des Travaux Publics, à l’Université Loyola du Congo des Pères Jésuites, à l’Université du Kwango, etc. Je suis également chercheur rattaché à l’équipe de recherche SPH de l’Université Bordeaux Montaigne. Pourquoi alors choisir de se lancer en politique ? La raison est simple : il y a un excès de médiocrité dans le chef de l’homme politique congolais. Il est nécessaire de requalifier l’action politique. Il est impérieux de diminuer le nombre des hommes et des femmes sans cœur qui ont brutalement envahi l’espace politique congolais ; ces oligarques, applaudisseurs et spectateurs qui ont fait perdre à la politique sa vraie définition : servir et non se servir. Oui, je crois qu’il est possible d’offrir au peuple congolais un autre type de dirigeants, résolument tournés vers la prospérité collective.

J’ai décidé de m’engager de manière active parce que je me suis senti interpellé par les propos du Pape François lorsqu’il dit que la jeunesse est la fenêtre par laquelle passe l’avenir ; et que les jeunes doivent prendre le risque de s’engager pour tenter de changer l’image de notre monde parce que  nous (jeunes) sommes les premières victimes d’une politique sans dose éthique. Je m’engage activement parce que je n’ai pas l’âge où les rêves doivent s’éteindre. Je revendique le droit au rêve pour le bien de mes frères et sœurs de Kenge en particulier, du Kwango et du Congo en général. En effet, partout au monde, la politique est l’outil le plus puissant pour pouvoir, pour transformer, pour faire évoluer et pour orienter. Pour cette raison, il faut s’engager pour porter le combat et gagner au profit des masses laborieuses. Mais la vraie politique ne vaut que par la qualité de ses acteurs, ceux qui sont capables de lever une espérance inattendue, d’atteindre des résultats exceptionnels et de convaincre par l’exemple. Je pense humblement avoir les atouts nécessaires pour porter un tel combat.

3. KD: Quelles sont vos priorités pour le territoire de Kenge?

> PFAKIN: Les priorités de Kenge ne sont pas si différentes des priorités de l’ensemble du pays. Mais pour moi, il y a un lot des priorités parmi les priorités : l’éducation, la santé, l’accès à l’eau et à l’électricité, la promotion de la jeunesse, l’agriculture et les routes. Vous savez, cher Alain Tshibanda, que si vous faites un tour vers Kenge, vous verrez des écoles en paille le long de la nationale n°1, vous verrez des dispensaires qui n’ont pour lit que quelques nattes posées sur des morceaux d’arbre, des hôpitaux sans produits pharmaceutiques, etc. Kenge est frappé par des sérieux problèmes alimentaires. Dans Kenge, on n’a aucune cabine électrique. Tout ce lot des problèmes doivent être solutionnés par un travail de pression et de lobby que les élus, courageux et déterminés, doivent arracher du Gouvernement et de certains partenaires actifs dans le domaine du développement. Kenge a beaucoup enduré. Il a toujours été roulé dans la farine. L’histoire de l’humanité renseigne que lorsque l’actualité est morose, l’avenir incertain, c’est à ce moment que la recherche des repères et d’assurance s’intensifie. Dès lors, l’urgence de s’accrocher à un nouvel espoir s’accroît. Voilà pourquoi j’ai comme slogan de campagne : Ensemble, bâtir l’espoir. Oui, il faut croire en l’avenir.

Par ailleurs, je considère qu’un élu doit être un acteur de développement. Pour jouer ce rôle et faire bénéficier à la population son dû, si je suis élu, un pourcentage important des émoluments sera destiné à des actions sociales pouvant tant soit peu résoudre les problèmes ci-haut évoqués. Ce programme je l’appelle « Part de redevabilité sociale ». J’y crois et ça fera l’histoire. Pour moi, c’est une façon de lutter contre la politique du don qui amène certains acteurs politiques actuels à offrir aux populations de Kenge des beignets fabriqués depuis Kinshasa. Le Député ne doit pas se transformer en « père Noël manipulateur », surtout pas avec des beignets ou des wax que plusieurs femmes doivent se partager ; ce qui change la nature profonde des fils et filles de Kenge et du Kwango d’être des indépendants à souhait. Non ! Pour moi, le Député (ou tout autre acteur politique) doit par contre axer son action pour promouvoir le développement participatif. Tout le monde doit être à la fois acteur et bénéficiaire. Pour terminer, laissez-moi vous dire qu’il y a aussi une autre priorité : arracher Kenge de l’emprise égoïste. Il y a certains des acteurs politiques qui considèrent ce territoire comme la peau de l’antilope, comme pour dire qu’elle est très petite et ne peut permettre à deux personnes de s’y mettre au même. En lieu et place, je vais promouvoir la peau du bœuf qui peut permettre à plusieurs de s’asseoir ensemble et au même moment.

4. KD: Que repondez-vous à ceux qui estiment que le Régime actuel, auquel votre plate-forme électorale est rattachée, n’a aucun bilan à présenter?

> PFAKIN: Je ne suis pas bien placé pour faire le bilan de l’actuel régime. Mais il est fataliste de dire que ce régime n’a pas de bilan (positif). Nous devons être de bonne foi en reconnaissant les avancées connues ces dernières années par le travail infatigable du Président Joseph Kabila. Evidemment, on ne peut tout faire en même temps. Si quelque chose a raté, nous devons patriotiquement nous donner la mission de le réaliser en forgeant une union d’action nationaliste. Souvenez-vous que le Président Joseph Kabila regrettait une fois de ne pas avoir 15 bons collaborateurs. Il avait en mon sens lancé la nécessité et l’urgence de renouveler la classe politique. Ce que j’espère pour Kenge, territoire que je confie à Dieu pour qu’Il lui donne des hommes et des femmes selon son cœur. Pour dire bref, comme fils de Kenge, c’est le bilan de ceux de nos frères qui ont reçu le mandat des populations de Kenge qui m’intéressent le plus : qu’ont-ils fait de ce qu’on a fait d’eux pour faire de Kenge un territoire de référence ? Chacun d’entre eux a son temps. Certains 42 ans aux affaires, d’autres 21 ans, d’autres encore 12 ou 6 ans.

décembre 1, 2018

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